Âgé de 16 ou 17 ans, on m’a imposé la lecture et l’analyse de cette tragédie de Racine. Une histoire d’intrigues dans une famille recomposée de la Rome antique, avec, au premier plan, une mère dominatrice, le tout couronné par un fratricide juteux. Bref, le truc parfait pour de jeunes adolescents sans aucune expérience de la vie, à qui l’on demande de faire de la psychanalyse de boudoir. Et de s’étonner ensuite que je préférais la physique.
Si je vous parle de Britannicus, c’est que, devant ce parterre d’intrigues, j’avais émis l’hypothèse que la folie collective qui s’était emparée de ces Romains découlait du fait que leur tuyauterie était en plomb et qu’ils sucraient leur mauvais vin avec des sels du même métal. Néron, Agrippine et Britannicus, tous atteints de saturnisme : pas besoin de Freud, Jung ou Lacan, j’avais tout compris. Enfin…
Passons. Si j’évoque cela, c’est que, face aux experts de plateau qui défilent sur les chaînes d’info — Franceinfo, BFM ou que sais-je encore — et qui se perdent en explications byzantines pour décortiquer la pensée et les actes du président des États-Unis, j’avoue avoir le même réflexe que devant Britannicus. Je repousse et je rejette le tout pour aller vers une explication élémentaire et simplissime.
Pas de grand dessein, pas de doctrine politique quelconque à invoquer. Je refuse les analyses de ceux qui voient des coups de billard à trois bandes.
Je souscris à l’hypothèse, avancée par certains cliniciens, selon laquelle le président des États-Unis pourrait présenter des symptômes compatibles avec une démence frontotemporale. Contrairement à d’autres formes de démence, comme Alzheimer, il ne s’agit pas ici de troubles de la mémoire, mais d’une diminution progressive et inexorable du langage, du comportement et de la personnalité.
Selon les spécialistes de la démence frontotemporale, les patients atteints se désinhibent ; leur comportement devient de plus en plus inapproprié. Ils peuvent parler grossièrement et devenir impulsifs ou compulsifs, avec, en sus, des difficultés d’endormissement, des insomnies nocturnes ainsi qu’une somnolence diurne. Suivez mon regard.
On pourrait passer sur le fait que Trump se serait retrouvé errant sur la toiture de la Maison-Blanche en août dernier, s’il s’agissait d’un fait isolé. En pleine réunion de travail avec les géants du pétrole américain, ne s’est-il pas levé pour aller regarder par la fenêtre, sous le regard médusé de ses ministres ? N’a-t-il pas fait un doigt d’honneur à un ouvrier de l’usine Ford et lancé « Ta gueule, la cochonne » à une journaliste à bord d’Air Force One ? N’a-t-il pas mimé un geste sexuel avec son micro en novembre 2024 ? N’a-t-il pas tenté de dissimuler maladroitement des bleus sur ses mains à l’aide de maquillage ? N’a-t-il pas subi des IRM, examens qui n’ont rien de routinier ? Ne parle-t-il pas sans cesse de ces tests cognitifs — le MoCA — utilisés comme outil de dépistage de la démence ?
Un faisceau d’indices ne devrait-il pas nous obliger à considérer l’hypothèse médicale comme la plus probable face à la déliquescence de la présidence des États-Unis d’Amérique ? Il ne s’agit évidemment ni d’un diagnostic médical ni d’une certitude, mais d’une hypothèse que je privilégie fortement.
Résultat des courses : je déteste toujours Britannicus.

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